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Edouard Haag (Brasserie Meteor) : « Le système du réemploi est très largement vertueux »

Le 20 juin 2023 à 14:56

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Si pour certaines entreprises le réemploi est un phénomène nouveau, pour d’autres, il est ancré dans leur histoire et leurs valeurs. C’est le cas de la Brasserie Meteor, située en Alsace, qui a dernièrement lancé une gamme de quatre références de bières de spécialités en bouteilles 33 cl consignées.
Edouard Haag, qui est aujourd’hui à la tête de l’entreprise et qui représente la huitième génération à diriger cette entreprise familiale et indépendante, a répondu à nos questions. Entretien.

Edouard, présentez-nous la Brasserie Meteor…

La Brasserie Meteor est avant tout une brasserie familiale et indépendante, ce qui est une spécificité pour cette taille de brasserie. Nous sommes la plus grande brasserie indépendante de France, la plus ancienne également puisque nous brassons sur le même site à Hochfelden, à 25 kilomètres de Strasbourg, depuis 1640. Elle emploie 250 personnes pour un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros prévus pour cette année.

Historiquement, la Brasserie Meteor a toujours été engagée en faveur du réemploi, pouvez-vous expliquer pourquoi ?

Le réemploi a toujours été l’un de nos combats, et ce pour des raisons très simples : on est convaincus par ses vertus écologiques et économiques. Pour moi, cela a toujours relevé du bon sens de défendre le réemploi ! Nous avons toujours été précurseurs concernant ce « combat ». Cela s’explique tout naturellement, puisque nous avons toujours réemployé des bouteilles.

Il y a une quinzaine d’années, beaucoup d’enseignes de la grande distribution étaient tentées d’arrêter le réemploi, notamment parce que, pour eux, cela demandait de la main d’œuvre et de l’investissement dans des machines de déconsignation. Certains commençaient à ne plus voir l’intérêt économique de maintenir ces références consignées. C’est là qu’on s’est vraiment battus avec d’autres pour maintenir le réemploi.

Nous avons également été il y a quelques années à l’origine du réseau « Alsace Consigne », qui rassemble tous les metteurs en marché alsaciens de bouteilles consignées. Aujourd’hui, ce combat est largement gagné, tout le monde a conscience que le réemploi était bon pour l’environnement mais aussi pour le portefeuille. La question est désormais de savoir comment développer ce modèle alsacien plus largement au niveau national.

La récente sortie d’une gamme de bières en bouteilles de 33cl consignées représente votre dernière initiative en faveur du réemploi…

Complètement. Déjà, depuis quelques années, nous avons étoffé notre gamme, notamment en 75 cl, pour aller chercher davantage de consommateurs. Nous avons néanmoins souhaité aller plus loin : cette gamme avec une bouteille de 33 cl brune a été pensée pour développer le réemploi ailleurs en France, et non pas seulement en Alsace.

C’est une bière qui est dans les standards connus partout en France, c’est vraiment le modèle idéal pour amener de nouveaux consommateurs à effectuer ce geste si particulier qui consiste à ramener la bouteille là où on l’a acheté.

Quel bilan peut-on tirer d’un point de vue économique, mais aussi d’un point de vue écologique ?

Les études montrent que dans notre cas de figure, le réemploi permet d’économiser 79% d’émissions de CO2 par rapport au verre qui est simplement recyclé. C’est un chiffre significatif.

On s’aperçoit également que, sur l’ensemble du cycle de vie, le réemploi permet d’économiser 33% d’eau par rapport au cycle de vie qui passe par le recyclage et la verrerie. Sur ces deux plans, le système du réemploi est très largement vertueux, c’est d’ailleurs pour ça que, petit à petit, la réglementation amène les industriels à aller dans cette voie.

Pour un industriel, opter pour le réemploi nécessite inévitablement des investissements, notamment sur sa ligne de production…

Les investissements sont récurrents. Il y en a d’abord à prévoir dans l’équipement de lavage et cela peut coûter 1 à 2 millions d’euros, si ce n’est plus. Certains équipements peuvent être investis ou mutualisés, on voit de plus en plus d’usines de lavage qui mutualisent les laveuses entre un certain nombre de brasseurs et metteurs en bouteille.

Autres investissements : le parc de bouteilles et le parc de caisses. Une bouteille est amortie selon un certain nombre de rotations mais les bouteilles réemployées coûtent plus cher car elles sont plus lourdes et ont besoin d’être plus solides.

Néanmoins, sur le long terme, tout le monde est gagnant, et quand je dis tout le monde, c’est vraiment tout le monde, puisque je parle aussi du consommateur. Par exemple, et pour citer notre cas, la même bière est vendue 20% moins cher quand elle est dans une bouteille réemployée.

Justement, au niveau des consommateurs, ces derniers sont de plus en plus sensibles au réemploi et plus globalement aux actions concrètes en faveur de l’environnement…

Tout à fait. Aujourd’hui, l’argument du prix est un argument qui fonctionne toujours, mais l’impact environnemental est un argument supplémentaire fondamental, qui touche de plus en plus de personnes et qui touche également les distributeurs. Les enseignes de la grande distribution ont elles aussi envie de montrer leurs actions et leurs gestes en faveur de l’environnement…

"Si on nous donne des objectifs sur le moyen/long terme, je suis convaincu que les industriels sauront s’organiser pour être dans ces objectifs"

En tant que pionniers du réemploi, êtes-vous sollicités aujourd’hui par des industriels qui ont besoin d’accompagnement dans leur démarche ?

On participe à énormément de groupes, on est fondateurs du réseau « Alsace Consigne » … C’est dans notre ADN de partager les bonnes pratiques et nous avons tous un intérêt à ce que tout un écosystème puisse se créer. Ce n’est pas juste nous, Meteor, avec notre bière qui allons pousser demain les portes d’un supermarché où le réemploi n’existe pas. Il faut qu’il y ait une totalité de références : des softs, des sodas…

Quel serait le premier conseil que vous donneriez à un industriel qui veut passer au réemploi ?

Le premier conseil serait d’abord de commencer par des tests. Je conseillerai même à un industriel qui a des volumes plus faibles de ne pas acquérir dans une premier temps une laveuse, mais plutôt de mutualiser. C’est finalement la meilleure solution pour tester son marché : passer par des prestataires qui lavent les bouteilles et qui derrière peuvent repalettiser, avant ensuite d’internaliser cette fonction lorsque les volumes deviennent plus importants.

Vous avez toujours été engagé en faveur du réemploi, néanmoins avez-vous parfois rencontré certaines difficultés ?

Clairement, notamment à l’époque où justement le réemploi était moins à la mode. Pour en revenir à aujourd’hui, la difficulté rencontrée se situe principalement pour déployer au niveau national ce système. En Alsace, toutes les enseignes de la grande distribution sont habituées de façon historique à récupérer les bouteilles vides et à nous les ramener, mais ce n’est pas du tout le cas partout en France…

Certains magasins sont en phase de test mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que les enseignes soient équipées de machines de déconsignation et que le consommateur (ré)apprenne ce geste. Parallèlement, on sent que les choses bougent assez vite avec notamment cette loi AGEC qui impose 10% de réemploi d’ici 2027… Tout ceci va apporter beaucoup d’oxygène à cet écosystème dans les années qui viennent.

On vous imagine alors optimiste pour la suite ?

Tout à fait, à condition d’avoir de la visibilité. En fait, ce que je constate, c’est que c’est assez compliqué de passer au réemploi, cela ne se fait pas en 5 minutes. Ce sont des choix structurels et stratégiques. Si on nous impose en l’espace de 18 mois de passer au réemploi, cela ne marchera jamais. À l’inverse, si on nous donne des objectifs sur le moyen/long terme, je suis convaincu que les industriels sauront s’organiser pour être dans ces objectifs.

Pour plus d'infos sur la Brasserie Meteor : http://www.brasserie-meteor.fr

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